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Le
Mont Caro Le
Rossolis N°3 -2005 (Jean-Paul Rusyn)
Escapade Catalane
A la recherche de Pinguicula dertosensis
(Canigueral)
J’ai
visité récemment le delta de l’Ebre, la région de Tortosa et
le fameux Mont Caro en Espagne où l’on peut découvrir
Pinguicula dertosensis.
En partant
du Pays Basque, la première étape fut pour Alcaniz et sa
cité médiévale. Le paysage est très monotone et sans grand
intérêt à partir de Zarragosse si ce n’est des milliers
d’éoliennes gigantesques disposées en grappes ou alignées
sur les sommets des collines et montagnes. Arrivé à Tortosa
on aperçoit au loin l’imposant Mont Caro surmonté de ses
immenses antennes. La ville est grande et je n’ai pas su
trouver de librairie pour acheter des cartes régionales
précises .Je pars néanmoins à l’ascension du Mont sous un
temps radieux mais très venteux. La seule
indication que je possédais était que les plantes se
trouvaient au Ports de Beseit, sur le Mont Caro, dans la
sierra de Fortalesa à 5 ou 600 mètres d’altitude. Je n’avais
pas de localisation précise ni de carte, mais découvrir des
Pinguicula
dans une montagne ne me paraissait pas une tache
impossible : il suffisait de trouver de l’eau qui ruisselle
sur des falaises calcaire. Du calcaire, j’en ai vu
beaucoup, en fait tout le Mont Caro qui culmine à 1440m
n’est constitué que de calcaire. La végétation, quand à elle
se compose essentiellement de buis et de pins à crochets
nanifiés par les intempéries. Par contre pas la moindre
trace d’eau ni d’humidité. Même les fossés à l’ombre tout au
long de la route sont très secs. Finalement, j’arrive au
sommet du Mont sans avoir aperçu la moindre grassette ni
même détecté un endroit propice ni trouvé la sierra de
Fortalesa. Un peu désemparé et quelque peu déçu, je
redescends les 20 Km de route en lacets. En arrivant à
l’entrée de Roquetes, une petite ville au pied du Mont, je
découvre un office de tourisme flambant neuf entièrement
dédié au Parc régional du Port de Beseit. Malheureusement il
est 18h et bien que nous soyons en Espagne, la préposée
ferme les portes.
Le delta
de l’Ebre est immense et aménagé pour la culture du riz et
le tourisme. Il est très peu arboré et je n’ y ai pas aperçu
de plante remarquable. C’est néanmoins un site important de
nidification pour de très nombreuses espèces d’oiseaux. Il y
a quelques villages qui ne sont pas encore trop défigurés
par l’urbanisation.
Le lendemain, je décide de retourner à l’office de tourisme
de Roquetes afin d’obtenir peut être quelques indications
concernant
P.dertosensis. Mes
espoirs
vont être comblés
au delà de mes espérances. La personne qui reçoit le public
se montre très coopérative et intéressée par ma démarche de
vouloir découvrir cette plante. Je suis en effet le premier
à la questionner à ce sujet. Après m’avoir rappelé que
j’étais dans une réserve naturelle et que tout prélèvement
était rigoureusement interdit, elle ne fut pas avare
d’indications ni d’informations. Elle connaît très bien la
plante, son nom, son biotope, le mode de capture et surtout
un site où on peut la voir. Il m’ est même précisé qu’en
cette période elle n’est pas encore en fleur. Le site de Hoz
de Beteta, beaucoup plus à l’ouest dans la sierra de Cuenca
où l’on peut également apercevoir
P.dortosensis
ne lui est pas inconnu non plus. Elle signale également que
cette année est une année particulièrement sèche et qu’il
n’y a pas eu beaucoup d’eau.
En fait
les indications que je possédais ne pouvaient suffire pour
trouver les plantes car elles sont incomplètes voire
erronées. La sierra de Fortalesa n’existe pas ! C’est le
nom d’un pic qu’affectionne particulièrement les amateurs
de grimpe. Pour terminer et après m’avoir remis carte et
dépliants très utiles et instructifs elle m’indique
précisément la position d’un site et le chemin d’accès. Je
prends congé non sans avoir laissé, à sa demande, mes
coordonnées, remplis le cahier de renseignements et surtout
l’avoir remerciée pour son accueil et sa patience. Sur les
documents remis il est intéressant de noter que
P.dertosensis est
parfois appelé
Pinguicula longifolia
subsp.
dertosensis ou « viola
d’aigua » qui est
son nom Catalan.
Me voila
donc reparti en cette fin d’après midi à l’assaut une
nouvelle fois du Mont Caro. Les indications se révèlent très
pertinentes puisque 30 à 40 minutes plus tard je suis arrivé
sur le site à 1000 m d’altitude. L’endroit est un petit
cirque d’une vingtaine de mètres de diamètre avec au fond
des parois abruptes d’où devrait tomber de beaucoup plus
haut l’eau d’une cascade. Comme précisé, il n’y a pas d’eau
qui coule et sûrement depuis longtemps tellement le site me
parait sec. La première impression est, il faut bien
l’avouer, une petite déception car le site n’est plus très
naturel ni sauvage: il a l’air d’être très fréquenté car il
sert de lieu de pique nique. Un petit bâtiment en béton, « tagé »,
abrite même des barbecues de grandes tailles qui donnent
l’impression d’être souvent utilisés. Des tables et bancs en
pierre ont également été bâtis et un petit peu partout dans
la zone on peu voir, bien que nous sommes dans un parc
régional protégé, des traces de feux ouverts. Un des bancs
est si près de la paroi que l’on peut pratiquement toucher
les
pinguicula
en étant assis.
Il ne
manque que la baraque à frites et le distributeur de
boissons ! Une petite fontaine rafraîchissante a été
construite mais elle est alimentée par un tuyau plastique
peu discret qui récupère de l’eau en amont. Nous sommes très
loin du cirque de Gavarnie et de ses
pinguicula
accessibles uniquement après quelques heures de marche.
L’été les autochtones viennent certainement rechercher dans
ce site un peu de fraîcheur et passer la journée plus au
calme que sur les plages toutes proches. Comme il est
praticable facilement en voiture il doit souvent y avoir
foule et les apprentis escaladeurs doivent causer à coup sur
des dégâts dans la petite colonie de
pinguicula.
Car malgré tout, les plantes sont bien là !
La
population à cette époque est d’environ 200 plantes de
petite taille, mais de très nombreuses graines ont germé car
on aperçoit un peu partout des plantules.
Les plantes poussent principalement le long et sous une
faille qu’il doit y avoir dans la roche et d’où un peu d’eau
arrive à humidifier la zone. Sous un surplomb les
mettant à l’abri de la pluie et du soleil, elles
s’accrochent directement au rocher dans toutes les
positions ou prospèrent sur un peu de « substrat » ou de
mousse. Je remarque que peu d’insectes sont capturés et
qu’il ne semble pas y avoir de maladie ou de parasite sur
les feuilles. Les plantes sont en très bon état et les
hampes florales sont en cours de développement mais comme
annoncé aucune fleur n’est ouverte ; Dommage car c’était
sûrement pour bientôt. Je suis un peu déçu car sur un site
Internet, on peut voir
P.dertosensis
du mont Caro in situ en fleur au mois d’avril 2004. Ce
n’est pas le même endroit et l’altitude est nettement plus
basse que celle de ce site. L’auteur indique néanmoins que
lors d’une visite antérieure ces plantes n’étaient toujours
pas en fleur à la fin mai !Après avoir pris de nombreux
clichés et reçu la visite impromptue d’un garde, j’ai
finalement regagné la cote en fin de journée afin de
poursuivre mon séjour catalan.
Décrit
récemment sous le nom de
P.submediterranea,
cette espèce hétérophylle
qui pousse dans plusieurs sierras du sud et de l’est de
l’Espagne s’appelle désormais
P.dertosensis.
Lors de sa première description elle avait était nommée
comme
P.grandiflora
subsp.
dertosensis. Bien
que plus petites,
les fleurs
ressemblent à celles de
P.
longifolia subsp.
reichenbachiana,
Si vous désirez vous rendre
sur le site, je vous recommande avant d’entreprendre
l’ascension de vous arrêter au centre d’information à la
sortie de Roquetes en direction du Mont Caro. Même si vous
ne maîtrisez pas l’espagnol, un simple dictionnaire devrait
suffire pour vous faire comprendre et obtenir les précieux
renseignements. Vous pouvez également me
contacter.
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