|
Le Caroux et ses tourbières Le
Rossolis N°06 - 2006 (Texte
et Photos : Guillaume Puech)
Le massif
du Caroux est situé dans l’ensemble montagneux de
« l’Espinouse » à 35 km au nord de Béziers à l’extrême sud
du massif central, l’altitude y est de 1000 m en moyenne, le
sol est constitué de gneiss .C’est un site vraiment
extraordinaire de part sa morphologie sa végétation la
proximité avec la Méditerranée toute proche, sa très faible
population humaine, et bien sur par ses tourbières les plus
au sud de notre pays !
Cette
montagne abrite en effet des tourbières très particulières
car situées très au sud et à l’extrême limite entre la flore
atlantique et celle de la Méditerranée, et sur la limite de
partage des eaux entre le bassin méditerranéen et la plaine
atlantique, le partage de la végétation se faisant ici sur
quelques dizaines de mètres.
Pour
accéder à cet endroit grandiose il faut traverser le massif
de l’Espinouse, la route est ardue, mais après tout tant
mieux elle préserve le site des « masses touristiques »,
ensuite il faut suivre un GR et être en bonne forme
physique! Car ça monte sec ! Une fois sur le sommet c’est le
« pied » on se trouve sur un immense plateau à 1050 m au
milieux d’une lande de bruyères de pins et de hêtres,
relique de l’ancienne végétation présente avant l’apogée
humaine.
Dés les
premiers pas sur le plateau, carte IGN en main je repère une
tourbière mais hélas elle est colonisée par les saules qui
l’ont pratiquement asséchée, il reste de ci de là un petit
peu de sphaigne. Je continue sur le GR et me voici au bord
de la falaise sur le « Rocher de Luchet» de là, la vue est
fantastique, la Méditerranée est toute proche ainsi que
Béziers et Montpellier !
En
poursuivant ma route j’arrive rapidement à un endroit décrit
sur la carte « d’état major » comme une zone humide, en
effet je découvre une petite retenue d’eau, je prospecte
tout autour en traversant d’abord les genêts et les bruyères
et me dirigeant vers les saules j’arrive dans une petite
tourbière magnifique où la sphaigne prospère, très vite les
premières taches rouges me sautent aux yeux ! Les voila, une
colonie des Droséra
Rotundifolia
colonise les lieux.
La
« colonie » est à mes yeux aussi importante que celles que
l’on voit parfois dans les Pyrénées, les plantes sont
exclusivement au soleil donc très colorées de rouge, elles
poussent pour certaines carrément dans l’eau, il y a aussi
quelques Linaigrettes des Marais à proximité, j’ai du mal à
marcher sans écraser des
Droséra !
Je
poursuis ma route à travers la lande et j’arrive au bord de
la falaise qui donne un point de vue grandiose: la vallée de
l’Orb et la plaine Méditerranéenne avec en arrière plan
l’étang de Thau et Sète et au sud ouest les Pyrénées, le
Canigou et Narbonne que l’on devine au loin…
A cet
endroit précis ont distingue de façon admirable et sur
quelques dizaines de mètres le changement de type de
végétation entre le hêtre et le chêne vert, l’Atlantique et
la Méditerranée, c’est extraordinaire !
Je suis le
chemin tracé sur la carte qui me promet encore de belles
trouvailles !
Et
effectivement après une petite marche je tombe sur une zone
humide elle aussi parasitée par les saules qui l’ont elle
aussi partialement asséchée, par contre j’y trouve de la
sphaigne en abondance, je poursuis ma route et aperçois au
loin parmi les bruyères et les genets une grande tache vert,
nichée au creux d’un petit vallon ! Les seuls arbres
présents sont dans la zone verte pas un autre autour.
J’arrive sur place et constate qu’il s’agit d’une tourbière
qui a été aménagée avec, comme c’est souvent le cas, une
passerelle en bois, elle a aussi été débarrassée des trop
nombreux saules qui peu à peu l’asphyxie, des panneaux
pédagogiques ont en outre été posés.
Cette
tourbière fut pour moi une formidable découverte. En effet
j’ai comme beaucoup d’entre nous l’habitude de voir ces
milieux plutôt en montagne ou, dans le sud ouest, en moyenne
montagne, mais là elle est située vraiment tout au bord de
la falaise, à quelques mètres de la végétation de type
méditerranéen avec au loin la mer et « le Mont Saint Clair »
et la ville Sète.
Du haut de
la passerelle aménagée pour les promeneurs (rares fort
heureusement) j’aperçois de nombreux
Drosera rotundifolia
d’une
couleur rouge intense, le niveau d’eau dans cette tourbière
en ce moi de juillet est bas, mais l’ensemble reste bien
humide et le ruisseau de l’Albine qui prend naissance dans
cette tourbière coule un peu !
Le
ruisseau qui s’échappe de la tourbière suit rapidement une
petite vallée très encaissée bordée de hêtres, elle est
parsemée de vasques magnifiques avant de finir par une
cascade au niveau de la falaise (à sec hélas en juillet !)
J’ai eu
l’occasion de retourner sur place en août et nous avons
prospecter dans le massif de l’Espinouse (autour du Caroux)
et nous y avons découvert de nombreuses autres tourbières,
des petites et des grandes !Et toutes dans un superbe état
de préservation …Le coin est vraiment encore très sauvage,
c’est le dépaysement total même pour moi qui habite à Albi à
100 KM de la, encore de jolis coins à explorer et à
photographier.
(Haut) |